ZWEIG (A.)


ZWEIG (A.)
ZWEIG (A.)

ZWEIG ARNOLD (1887-1968)

Né à Gross-Glogau en Silésie, Arnold Zweig, qui n’est pas parent avec Stefan Zweig, fait, dans différentes universités, des études de philosophie, de philologie contemporaine, d’histoire et d’histoire de l’art. Ensuite, il s’adonne non pas à l’enseignement mais à la littérature. Il prend part à la Première Guerre mondiale comme simple soldat, se bat à Verdun, en Hongrie, en Serbie, travaille comme scribe au grand quartier général, dans la proximité constante de Hindenburg et de Ludendorff. La guerre terminée, il s’installe d’abord à Munich, puis à Berlin. En 1933, il trouve refuge en Palestine — où il s’était déjà rendu —, la venue de Hitler au pouvoir le contraignant, parce qu’il est juif, à s’exiler: il dira rapidement la déception que lui cause la Terre promise, à la fois dans sa correspondance avec Freud et dans l’ouvrage De Vriendt rentre chez lui (De Vriendt kehrt heim ). Quasi aveugle, il termine ses jours à Berlin-Est, où, gratifié d’un prix national de première classe et du prix Lénine de la paix, il préside aux destinées de l’Académie allemande des arts.

Zweig débute dans la littérature avec ses Notes sur une famille Klopfer (Aufzeichnungen über eine Familie Klopfer , 1911), un roman semi-autobiographique plein de souvenirs sur l’enfance qu’il passa dans une famille de selliers. Mais c’est aux Nouvelles autour de Claudia (Novellen um Claudia , 1912) qu’il doit d’atteindre la notoriété. Un couple d’amoureux — ils seront, plus tard, époux — lui sert à décrire la structure psychique des Allemands avant la guerre de 1914. À cette occasion, Zweig fait preuve de son talent de narrateur et de dons certains d’observation, quand bien même les réactions de ses personnages ne se conforment pas toujours au principe de causalité, ce qui était, en soi, le dessein de l’auteur. Simultanément, il écrit des pièces de théâtre — entre autres, Meurtre rituel en Hongrie (Ritualmord in Ungarn , 1913) — qui ont pour sujet des thèmes sionistes.

Mais c’est avec Le Cas du sergent Grischa (Der Streit um den Sergeanten Grischa , 1927) qu’Arnold Zweig est le plus convaincant. Si Remarque avait, dans À l’ouest rien de nouveau (Im Western nichts Neues , 1920), livré une description impressionnante du conflit de 1914-1918, le livre de Zweig, lui, fait entrer ce moment de l’histoire dans le domaine de l’art. L’auteur prend pour point de départ un cas véridique, celui d’un prisonnier de guerre russe, Grischa, échappé à ses gardiens et retombé en captivité. Au cours de sa fuite, Grischa s’est approprié les papiers d’un compatriote mort qu’on recherchait comme espion. Lors de sa seconde incarcération, cette étourderie lui vaut l’attention vigilante des services de sécurité militaire. Malgré l’indignation des officiers devant une telle injustice, Grischa, sur les ordres impitoyables du chef d’état-major Schieffenzahn (Ludendorff), est exécuté et meurt au moment où sa compagne de fuite met au monde son enfant. Le public témoigna d’un vif intérêt pour ce roman, tant parce qu’il soulevait le problème des droits de l’individu opposés à ceux de la communauté qu’à cause du comportement antimilitariste de Zweig. L’œuvre n’a rien de didactique, tous ses personnages vivent, le milieu militaire fait l’objet d’une description frappante, et la construction témoigne d’une authentique maîtrise. Certains des personnages du Sergent Grischa — le général de Lychow, son adjudant Winfried, l’assesseur auprès du tribunal militaire Posnanski, l’écrivain Bertin — deviendront les protagonistes d’ouvrages ultérieurs, tous rassemblés dans le cycle La Grande Guerre des hommes blancs (Der grosse Krieg der weissen Männer ). Ainsi nous est contée, dans Jeune Femme de 1914 (Junge Frau von 1914 , 1931), l’histoire de Bertin, écrivain pauvre et révolutionnaire, qui, contre le gré de la société, épouse une jeune fille riche; dans l’Éducation héroïque devant Verdun (Erziehung vor Verdun , 1935), il nous relate le destin des frères Kroysing, sur lesquels un capitaine pervers exerce son sadisme avant de mourir avec ses victimes. L’introduction et l’épilogue du cycle romanesque furent écrits en dernier. Ils portent la trace de l’idéologie marxiste, que Zweig a faite sienne au point d’avoir, dès 1949, remis sur le métier ses ouvrages précédents. Mais, s’il veut montrer comment un monde en paix s’effondre sous les coups que lui portent l’impérialisme et le capitalisme, il ne parvient pas toujours à masquer au lecteur sa nostalgie du «bon vieux temps» — l’inverse, somme toute, d’une condamnation de «l’état des choses», du verdict qu’on est en droit d’attendre de la part de Zweig.

Avec La Hache de Wandsbeck (Das Beil von Wandsbeck , 1947), l’auteur, enfin, règle son compte au national-socialisme. Victime de la pauvreté, un boucher se déclare prêt à décapiter quatre ennemis du régime, quatre communistes; le silence qu’observe alors à son égard la communauté qui l’entoure le contraint bientôt au suicide. Sur le plan du style, cet ouvrage n’atteint toutefois plus à la qualité des œuvres précédentes.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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